## Le Maroc lance la refonte stratégique du secteur de la distribution pour garantir un service public équitable
Face à la Chambre des Conseillers ce mardi 13 janvier, le ministre de l'Intérieur, Abdelouafi Laftit, a exposé en détail la feuille de route et les implications de la refonte majeure du secteur marocain de la distribution des services essentiels. Cette transformation, qui vise à optimiser la gestion de l’eau, de l’électricité et de l’assainissement liquide, marque la fin d'un modèle désuet au profit d'une approche régionalisée et unifiée.
### Mettre fin à la fragmentation et aux inégalités
L'initiative de créer les Sociétés régionales multi-services (SRM) s'inscrit directement dans le cadre du vaste chantier de la régionalisation avancée. L’objectif principal est d’éradiquer les dysfonctionnements structurels qui ont longtemps pesé sur le secteur.
M. Laftit a rappelé que l'ancienne architecture de gestion était devenue obsolète, caractérisée par une prolifération d'intervenants. Le secteur comptait en effet une multiplicité d'acteurs – incluant l'ONEE, les régies autonomes, des sociétés de gestion déléguée, et plus de 12 000 associations – engendrant un enchevêtrement des compétences et une absence de vision cohérente.
Cette dispersion des responsabilités a mené à des inégalités criantes, notamment entre les zones urbaines et rurales. Le ministre a pointé du doigt les disparités notables, tant au niveau des taux de raccordement que de la qualité du service. Ces problèmes étaient aggravés par des infrastructures vieillissantes, des déficits de capacité de production dans certaines zones cruciales, et un manque chronique d'entretien et de maintenance, souvent imputable au faible niveau de moyens financiers et techniques des communes.
### Un effort financier sans précédent pour la modernisation
Pour combler ces carences historiques et assurer la pérennité du réseau, l'État mobilise une enveloppe financière colossale. Le programme d'investissement global, piloté par les nouvelles SRM et s'étalant sur les trente prochaines années, atteindra un montant inédit de 253 milliards de dirhams.
Ce budget massif est stratégiquement ventilé pour répondre aux priorités nationales :
* 106,8 milliards de DH seront alloués à l'assainissement liquide ;
* 88,7 milliards de DH seront investis dans l'eau potable ;
* 56,6 milliards de DH seront destinés à l'électricité.
Ce plan ambitieux vise une modernisation profonde des réseaux tout en garantissant une stabilité tarifaire pour les usagers.
### Garanties sur les tarifs et éclaircissements sur la facturation
Abordant la question sensible du pouvoir d'achat, Abdelouafi Laftit s'est montré catégorique : la mise en œuvre de la réforme n'entraînera **aucune augmentation** des prix de base de l'eau et de l'électricité pour le citoyen.
Répondant aux inquiétudes relatives à des hausses observées sur certaines factures, le ministre a apporté une clarification technique indispensable. Ces ajustements ne résultent pas d'un changement tarifaire, mais d'une **normalisation des pratiques de relevé**. Certaines régions connaissaient des irrégularités dans la lecture des compteurs. Avec l'arrivée des SRM et la systématisation des lectures, des régularisations ont eu lieu, rétablissant la cohérence des montants facturés, sans modifier le barème de prix en vigueur.
### Déploiement opérationnel et protection sociale
Suite à la publication de la loi 83.21 et de ses décrets d'application en 2024, le déploiement opérationnel est désormais effectif. Douze SRM ont été créées, assurant une couverture exhaustive de l'ensemble des régions du Royaume. Leur prise de fonction officielle s'est échelonnée d'octobre 2024 à novembre 2025.
Sur le plan social, la transition s’est opérée avec un souci de préservation des droits des travailleurs. Plus de 17 000 employés, provenant de l'ONEE, des régies autonomes et des sociétés de gestion déléguée, ont été transférés aux SRM. M. Laftit a insisté sur le fait que l'intégralité de leurs acquis sociaux – rémunération, ancienneté et avantages – a été préservée, grâce à une concertation étroite avec les partenaires sociaux.
En conclusion, malgré l'optimisme lié à cette nouvelle structure, le ministre a reconnu l'ampleur des défis hérités. Les SRM doivent désormais gérer un réseau souvent vétuste, améliorer drastiquement le taux de rendement, et mener une lutte implacable contre la fraude, notamment les branchements illégaux et le vol d'énergie. En définitive, les Sociétés régionales multi-services sont présentées comme l’outil essentiel pour un service public plus performant, capable de gérer les impératifs de la transition énergétique et de la rareté de l'eau, tout en assurant une péréquation régionale solidaire pour protéger les citoyens les plus vulnérables.
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