La création de valeur pour l’actionnaire s’impose comme l’un des objectifs centraux de toute entreprise cotée. Cette notion, devenue incontournable dans la finance moderne, a donné lieu à une panoplie d’indicateurs destinés à l’évaluer, tels que l’EVA, le ROCE-WACC, le Price-to-Book ou encore le Total Shareholder Return (TSR).
Dans cette optique, Boursenews s’est penché sur l’évolution du TSR des valeurs composant le MASI 20 sur la période 2020-2025, afin d’identifier les entreprises ayant le plus contribué à la création de richesse actionnariale sur un cycle moyen-long.
Le TSR (Total Shareholder Return) mesure la performance globale offerte à l’actionnaire en intégrant à la fois l’évolution du cours de l’action et les dividendes cumulés perçus sur la période, considérés comme non réinvestis. Contrairement à une lecture strictement fondée sur la variation du prix de l’action, cet indicateur restitue une vision plus complète et économiquement plus fidèle de la rentabilité réelle d’un investissement boursier.
Exprimé en pourcentage, le TSR s’apprécie sur un horizon suffisamment long afin de lisser les fluctuations conjoncturelles des marchés. Il traduit concrètement la performance d’un actionnaire ayant acquis un titre au début de la période -ou au prix d’introduction pour les IPO-, encaissé les dividendes au fil des années, puis valorisé sa position au dernier cours observé en 2025. Il s’apparente ainsi à un taux de rentabilité actuariel, qui intègre l’ensemble des flux perçus par l’investisseur. Car, et on le dit souvent, le dividende en lui-même ne crée pas systématiquement de la richesse pour l’actionnaire. Celui-ci ne fait que récupérer une partie de son patrimoine sous forme numéraire.
Sous d’autres cieux, de plus en plus de sociétés communiquent désormais sur leur TSR à l’occasion des assemblées générales ou des présentations aux investisseurs. Cet indicateur tend ainsi à s’imposer comme un standard de lecture de la performance boursière, en ce qu’il reflète la création de valeur globale réellement perçue par l’actionnaire.
La période étudiée (2020-2025) constitue un cycle particulièrement révélateur pour l’analyse de la création de valeur boursière. Elle a été marquée par une succession d’épisodes de crise et de forte volatilité, à commencer par la crise sanitaire liée au Covid-19, suivie par le déclenchement de la guerre en Ukraine et la montée des tensions inflationnistes à l’échelle mondiale.
Ainsi, la capacité des entreprises cotées à maintenir la création de valeur pour l’actionnaire, sur différents cycles économiques, demeure un repère pertinent pour apprécier la robustesse de leurs fondamentaux.
L’univers retenu correspond aux valeurs composant le MASI 20 à la date de clôture de l’étude, afin de comparer la création de valeur sur un ensemble homogène des capitalisations les plus liquides. Le MASI 20 étant un indice révisé périodiquement (la dernière en octobre 2026), sa composition peut différer de celle observée au début de la période analysée. Les valeurs ayant intégré puis quitté l’indice au cours de la période ne sont donc pas incluses, l’objectif étant de proposer un classement lisible et comparable des principales valeurs actuelles de la cote.
Le choix du MASI 20 permet également de limiter les biais liés à la faible liquidité observée sur certaines valeurs du MASI global, susceptibles de déformer l’analyse des performances sur longue période.
L’examen des TSR met en lumière les sociétés qui ont le mieux “récompensé” leurs actionnaires sur les cinq dernières années.
Jet Contractors, Alliances et Sonasid s’imposent comme les grands gagnants de la période, avec des TSR supérieurs à 840%. TGCC suit avec un TSR proche de 590%, confirmant la dynamique soutenue du segment BTP-construction. Ces performances exceptionnelles montrent des trajectoires de redressement boursier marquées, appuyées par une amélioration sensible des fondamentaux, des cycles sectoriels porteurs et, dans certains cas, une politique de distribution attractive.
Dans un second groupe, Marsa Maroc, Akdital et Addoha affichent des TSR toujours intéressant compris entre 250% et 380%, ce qui témoigne encore d’une création de valeur robuste et durable sur la période.
À noter également que certaines introductions en Bourse récentes, malgré un historique encore limité, génèrent déjà une valeur significative pour leurs actionnaires. Akdital, CFG Bank et CMGP Group sont les exemples de cette capacité à créer rapidement de la valeur dès les premières années de cotation.
À l’autre extrémité du classement, certaines sociétés présentent un rendement attractif mais un TSR négatif. Maroc Telecom en constitue l’exemple le plus parlant : malgré un rendement cumulé d’environ 10,8% sur la période, la valeur affiche un TSR négatif, la baisse du cours ayant plus que neutralisé l’effet positif des dividendes.
Ce cas rappelle que le dividende, pris à part, ne garantit pas la création de richesse pour l’actionnaire lorsque la trajectoire boursière du titre demeure structurellement dégradée.
Nissrine EL MARINI
Stock Market
Jeudi 22 Janvier 2026