Le risque climatique et géologique est déjà une réalité au Maroc. La Banque mondiale décrit le Maroc comme l’un des pays les plus exposés aux aléas géologiques et climatiques de la région MENA. Selon une évaluation probabiliste des risques citée dans un document de la Banque mondiale, les pertes annuelles moyennes liées aux catastrophes naturelles dépassent 800 millions de dollars (inondations, sécheresses, séismes). Dans ce même corpus, les inondations ressortent comme l’aléa le plus coûteux, avec des estimations au-delà de 400 millions de dollars de pertes par an.
Autrement dit, le marché n’est pas face à un «accident météo», mais face à un risque récurrent, dont la facture économique existe déjà en moyenne annuelle. La Banque mondiale, dans une communication plus récente, évalue d’ailleurs le coût des catastrophes au Maroc à plus de 575 millions de dollars par an, et avertit que l’urbanisation et le changement climatique tendent à accentuer la fréquence et la gravité des aléas hydrométéorologiques.
Dans son analyse des risques physiques liés au changement climatique, le FMI souligne que le marché actions constitue un bon observatoire de la transmission de ces chocs à la stabilité financière. En examinant près de 350 grandes catastrophes climatiques survenues au cours des 50 dernières années, dans 68 pays représentant 95% du PIB mondial, l’institution constate que l’incidence moyenne sur les marchés boursiers a été relativement modeste: environ -1% pour l’ensemble du marché et -2% pour les actions bancaires.
La moyenne ne reflète pas la violence de certains épisodes puisque la distribution des impacts est parfois fortement asymétrique. Dans 10% des cas, la baisse observée sur le marché dépasse 14%, révélant que certaines catastrophes peuvent produire un choc financier significatif lorsque les dommages sont élevés relativement à la taille de l’économie concernée.
Les exemples cités par le FMI sont éclairants. L’ouragan Katrina, en 2005, bien que très coûteux en valeur absolue (environ 1% du PIB américain), n’a pas laissé d’empreinte perceptible sur l’indice boursier américain. À l’inverse, les inondations en Thaïlande en 2011, dont l’impact économique était beaucoup plus important au regard de la taille de l’économie, ont provoqué une chute d’environ 30% du marché boursier sur une période de 40 jours.
Le FMI insiste enfin sur le rôle déterminant des caractéristiques propres à chaque pays. Une capacité budgétaire suffisante permet une réponse rapide sous forme d’aides et de reconstruction, tandis que des mécanismes de partage des risques bien développés, notamment via l’assurance, contribuent à amortir ou redistribuer les pertes, limitant ainsi l’impact sur les marchés actions domestiques.
À cette lecture économique s’ajoute un facteur plus diffus, mais bien documenté par la littérature académique : le canal du sentiment. Plusieurs travaux montrent que les conditions météorologiques influencent l’humeur collective et, par ricochet, la prise de risque des investisseurs. Dans les phases de météo dégradée ou d’événements climatiques anxiogènes, les marchés peuvent ainsi afficher davantage de prudence, indépendamment de toute détérioration immédiate des fondamentaux.
Cet effet reste toutefois secondaire face aux variables réelles (résultats, bilans, liquidité), et tend à s’estomper dès lors que l’information économique se normalise ou que les impacts deviennent mesurables.
Autrement dit, la météo peut influencer le rythme du marché, rarement sa direction, tant que les fondamentaux ne sont pas affectés.
Dans l’immédiat, la séquence nordiste se lit d’abord par le prisme opérationnel, à travers les perturbations de transport et de mobilité : routes coupées ou dégradées, contraintes logistiques, ralentissements des flux. Ce canal est généralement le premier à produire des effets économiques visibles, car il affecte directement l’exécution des activités et la continuité des échanges.
Sur ce point, les autorités cherchent toutefois à contenir le risque de contagion économique. Le ministère de la Transition énergétique et du Développement durable a ainsi indiqué que l’approvisionnement national en produits pétroliers demeure sous contrôle, malgré des perturbations ponctuelles dans certains ports, en s’appuyant sur des niveaux de stocks jugés suffisants (617.000 tonnes de produits pétroliers) et sur des dispositifs de suivi renforcés.
Il n’est toutefois ni unique ni nécessairement le plus déterminant. D’autres canaux peuvent se manifester en parallèle ou avec décalage dans le temps : pertes d’activité dans les zones touchées, surcoûts de production et de distribution, sinistralité pour les entreprises et les ménages, retards d’investissement, ou encore montée ponctuelle de l’aversion au risque. La hiérarchie de ces effets dépendra de la durée de l’épisode, de son périmètre géographique et de la capacité de réponse des acteurs publics et privés.
Notons que dans sa note "Strategy" du mois de janvier, BMCE Capital Global Research classe la vulnérabilité climatique, notamment hydrique, parmi les risques exogènes probables à impact important.
Sur le marché, l’effet le plus probable à court terme n’est pas forcément une baisse uniforme du MASI, mais une dispersion sectorielle. Le marché réagira surtout aux preuves : sinistralité chiffrée, retards prolongés, perturbations logistiques durables.
Le canal le plus visible concerne le BTP et les matériaux : le ralentissement des chantiers est déjà objectivé par les livraisons de ciment, en recul d’environ 15% en décembre puis 19% en janvier. L’ampleur du choc dépendra ensuite du rattrapage possible si les conditions se normalisent.
En parallèle, l’épisode peut générer des frictions sur la logistique (axes, ports et bateaux bloqués) et, plus marginalement, sur l’énergie. Sur ce dernier point, les autorités ont communiqué pour rassurer sur la continuité d’approvisionnement, ce qui tend à limiter le risque de contagion économique, sauf dégradation durable.
Le reste relève d’un deuxième tour : assurance via la sinistralité (si elle devient exceptionnelle), agroalimentaire via des dégâts localisés et des coûts logistiques, immobilier via des retards de livraison, et banques via le coût du risque avec un décalage temporel.
Enfin, tout se joue sur la vitesse de normalisation. Le premier indicateur est hydraulique (cinétique des crues et gestion des barrages+ lâchers d’eau). Le deuxième est l’état des axes et la continuité logistique. Le troisième, enfin, est la fluidité du couloir Nord/détroit, qui conditionne la friction opérationnelle.
Les intempéries peuvent affecter le marché actions, mais l’effet le plus probable reste sectoriel et progressif, à travers les révisions de cash-flows et la perception du risque, plutôt qu’un mouvement uniforme sur les indices.
À ce stade, un seul signal est déjà objectivé : le recul des livraisons de ciment. Pour le reste, le marché attendra des preuves (sinistralité chiffrée, retards durables, dommages matérialisés) avant d’intégrer un éventuel second tour plus macro.
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Y.S
Stock Market
Vendredi 06 Fevrier 2026